Remarques de Claude Halber sur l’article "L’Ethnopype..." de Philippe MARTEL.

vendredi 15 février 2008
par Pierre Mortimore
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Tout d’abord je dois me présenter : je suis un méridional qui a mal tourné. En effet, après environ 20 ans d’adolescence sur la Côte d’Azur, voilà que j’habite « au Nord » depuis ….

Vous faites l’histoire du stéréotype du Midi, la manière dont il se transmet, se recopie, évolue, etc. …. OK. Mais plus intéressant encore, il semble que la perception du stéréotype ait beaucoup évolué : et que d’une vue condescendante, on soit passé à une constatation, une curiosité … , et puis maintenant on est passé à un peu d’envie, voire à beaucoup d’envie, envers ceux qui ont une si agréable manière de vivre …

Et donc maintenant ce stéréotype est devenu positif !! Ce n’est pas le moment de le dénoncer !! Sauf à regretter qu’il y ait des stéréotypes …., j’y reviendrai un peu plus loin.

Et donc une piste, c’est de chercher à voir pourquoi c’est devenu positif, même pour des entreprises soucieuses d’efficacité, de production, de rendement, … que de vivre ainsi en tenant compte du soleil, et tout simplement en tenant compte d’un art de vivre, …..

Cela semble évident maintenant, c’est le meilleur anti-stress ….. Par exemple, il serait fort instructif et intéressant de savoir pourquoi Sophia Antipolis s’est installé là … en plein Midi … (mais à côté d’un aéroport tout de même … , faut bien ajouter l’utile à l’agréable …).

Ce qui explique symétriquement le regard apitoyé des gens du Sud sur ceux du Nord : les « pôvres » qui perdent leur vie à vouloir la gagner. Et donc le méridional jovial, plutôt bon enfant, est bien dans sa peau, même si autrefois le stéréotype le faisait apparaître comme un peu sous développé.

Ceci dit tout le monde utilise des stéréotypes, et bien souvent les mêmes stéréotypes … Parce que c’est facile ? Commode ? Parce que c’est vrai ? Souvent c’est un peu vrai mais le trait est forcé …

Et maintenant ces traits des méridionaux ça devient valorisant, (n’est-ce pas messieurs les annonceurs ? ), et non pas peûchère des traits que l’on regarde avec condescendance. Et donc si la pub l’emploie, c’est que c’est valorisant. Et d’ailleurs une pincée régulière de RTT, c’est pas un peu méridional sur les bords, non ??

On a vu que les termes du stéréotype du méridional ont finalement peu évolué, alors que son interprétation est devenue positive, de même il serait intéressant de voir si d’autres stéréotypes ( l’anglais, l’allemand, l’italien, le corse, …. etc. ), sont restés identiques sur un siècle ? S’ils ont changé de contenu ? Ou si seulement notre appréciation a changé ?

En conclusion, le stéréotype est un résumé prêt à consommer, simplificateur et simple, facile à retenir …. Il convient donc de ne l’utiliser qu’avec une grande prudence, en essayant autant que faire se peut, de le vérifier ou l’invalider à chaque occasion qui se présente ….. N’y croire qu’à moitié et se dire que les mœurs évoluent sous la pression économique, sous la pression des média, et que donc tout se transforme ..…

Maintenant après ces quelques réflexions générales, voyons l’article de Philippe MARTEL, et les commentaires que cela me suggère :

Page 5, en présentation : Malgré le fait qu’on parle d’une France idéale de citoyens libres et égaux, et donc indifférenciés par nature et par devoir, le réel refait surface : on est bien obligé de reconnaître à l’intérieur de l’ensemble français des spécificités. Mais heureusement scrogneugneu ! On n’a jamais voulu voir qu’une seule tête, on n’a jamais voulu n’avoir que des petits français clones les uns des autres ! Pour un peu ce serait de la mauvaise foi : tout le monde sait qu’il s’agit de citoyens égaux … en droits …. Ça me fait de la peine d’avoir à le rappeler !.

Page 5 fin 1ère colonne : Pourquoi diable .enregistrent-ils avec autant de plaisir et d’enthousiasme des textes qui leur sont si peu favorables ? Il faudra se poser cette question, aussi. Comme déjà signalé plus haut, actuellement le jugement est favorable. Et hier, les méridionaux n’en avaient rien à fiche du jugement des gens du Nord …. Et surtout ils ne désiraient pas du tout copier la manière de vivre des gens du Nord …

Page 5, 2éme colonne : Réalisé par une agence parisienne. 1er paradoxe : pour parler du midi, cette institution méridionale a eu besoin de demander l’avis de spécialistes en com’ parisiens. Mais évidemment par des parisiens : pour parler aux parisiens autant bien les connaître ! Car ce qui compte ,c’est de les convaincre en connaissant leurs attentes, ou leurs frustrations ….

Page 6,1ère colonne : …. ça c’est la vision de la Provence vendue par l’Office Départemental des Bouches du Rhône. Le trait est bien entendu exagéré … il faut quand même avoir le sens de l’humour, que diable ! Et encore une fois il s’agit d’attirer le vacancier. Un peu comme si je disais : puisque la Californie c’est Sun, Sand and Sex il n’y a rien d’autre en Californie !!! Même pas la Silicon Valley ??

Page 6, fin de 2ème colonne : Il y a une certaine image du Midi perçue par ceux qui la reçoivent comme sympa et positive. Ce Midi-là est celui de la douceur de vivre au soleil, opposée à la brutalité du métro parisien ou du périph’ à 8 h du matin. Dans ce Midi-là, on accepte de travailler, parce qu’on espère qu’après le boulot on pourra se reposer dans la quiétude béate de la belle campagne intacte. En quoi est-ce dévalorisant de se reposer dans la campagne ? Pourquoi ajouter « béate » qui est lui, dévalorisant, et « intacte » qui se veut ironique ?

Page 7, en haut de la 2ème colonne : .c’est le caractère connu de tous sous le nom de « méridional ». (c’est moi qui souligne). Bien entendu que tous les méridionaux ne sont pas coulés dans le même moule ! Et maintenant si autant d’historiens disent la même chose, c’est qu’ils se copient ? Ou est-ce que c’est un peu vrai quand même, en général ?

Page 8, 1ère colonne, en haut : Le rédacteur de la brochure toulousaine de 2000 a-t-il lu ce passage ? On retrouve sous sa plume l’idée du Midi toulousain rétif au progrès qui ne peut venir que du Nord. J’aimerais bien avoir la brochure sous les yeux, et voir si pour faire venir des Nordistes, on a besoin de dévaloriser les autochtones ?? Ce serait en tout cas le plus sûr moyen d’empêcher la mayonnaise de prendre !!

Page 9, milieu 2ème colonne : Bref, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’image du Midi se bâtit à partir de la répétition régulière, du recopiage plus ou moins conscient de topoï qui traînent partout, finissent par faire partie du sens commun, et sont disponibles pour être indéfiniment réutilisables, et modulables, au prix du réglage de quelques harmoniques. Oui, mais comme déjà dit en introduction, des stéréotypes il y en aura toujours, et celui du Midi est devenu positif …..

Page 10, haut de la 1ère colonne : L’image actuelle est celle d’un Sud intégré et digéré, devenu donc fréquentable, voire sympathique, à petite dose du moins, et dans le contexte du seul loisir. Mais non, on a déjà vu que l’industrie s’est développée à Toulouse et ailleurs, et que les candidats se bousculent pour aller travailler au soleil !

Page 10, 2ème colonne : Deuxième chose : ce discours au fond, sert à parler de la France, et de son impossible homogénéité ethnique, sociale et idéologique.. Ce que l’on pourrait appeler le syndrome du Docteur Jekill et de Mister Hyde, du moins quand on parle du discours porté par l’extrême droite de la Troisième République. Il y a une France idéale, blanche, aryenne, pure, et baignant dans le consensus national autour de valeurs d’autorité. Et puis, il y a la France réelle, celle d’une République qui ne correspond pas à ces valeurs. Arrêtez ou je vois poindre la pureté du sang en Espagne sous l’Inquisition ou encore la suprématie de la race blanche aryenne des nazis !! Qui a jamais pensé à une France idéalement homogène ? Alors que chaque terroir défend sa spécificité !!

Page 11, en haut de 1ère colonne : Mais il faut le répéter : ces discours extrêmes, et aujourd’hui impensables …. OUF !! Quand même !

Page 11,1ère colonne : Dernière chose : au-delà des clichés que l’on recopie, On l’a déjà dit : ils se recopient, oui et se modifient, et un même contenu peut être analysé différemment d’une époque à l’autre ….

Page 11, milieu 1ère colonne : l’impossibilité, dans la culture française telle que les siècles l’ont bâtie, à concevoir et percevoir sainement et simplement la différence de l’autre et concomitamment sa ressemblance. Intéressant, à creuser, encore qu’aujourd’hui avec le communautarisme ….

Page 11, bas de 1ère colonne : l’observateur du temps préférera donc se contenter d’explications commodément psychologisantes ou ethnicisantes, qui justifient au surplus sa propre réussite et légitiment le pouvoir qu’il revendique sur ces attardés du Sud. Ce langage n’existe plus. Et la décentralisation, c’est la reconnaissance qu’une responsabilité peut être assumée en province, non ?

Page 11, 2ème colonne : Et tout au fond, il y a l’aporie de l’idéologie française. Avec d’une part son aspiration pathétique à une homogénéité parfaite du corps social, une France Une et Indivisible faite d’Individus-Citoyens Libres et Egaux vivant dans l’harmonie, et parlant tous pareil en attendant de penser de même. Et d’autre part, l’inévitable constatation du fait que, les, faits justement étant têtus, la différence niée, sociale, culturelle, linguistique, religieuse, ad libitum… se manifestera toujours, et que la cohésion de la société repose sur sa capacité à les comprendre, à les accepter, quitte à contenir à l’occasion leurs éventuels débordements, s’ils aspirent à menacer la cohésion générale. Un équilibre difficile à assurer, c’est vrai. Mais on a le choix ? Hé ben voilà, c’est pas plus compliqué que ça à expliquer, et à constater que tout le monde fait les ajustements nécessaires entre le désiré et le possible ( encore que dire qu’il y a une volonté d’homogénéité c’est pas sérieux … ).

Page 11, bas de 2ème colonne : Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette histoire que ce soit justement le regard de l’autre, l’homme du Nord, qui serve au fond, et bien sûr sans le vouloir, à révéler sa différence à l’homme du sud… lequel de son côté –mais là encore c’est une autre histoire, n’a pratiquement jamais éprouvé le besoin de forger une image, négative ou non, de son voisin du Nord… C’est assez classique : il est difficile de s’analyser soi même. Et pour rester dans le domaine de l’Histoire, c’est un américain, Robert Paxton, (pas un français … ), qui a pu écrire une véritable histoire de l’occupation allemande en France …. C’est normal. Et comme déjà signalé, l’homme du sud ne cherche surtout pas à copier un mode de vie stressant ; lui c’est lui, et eux c’est eux. Et surtout il n’est pas jaloux de la réussite des gens du nord … elle est payée trop cher ….