2 -De l’Ethnotype... réponse à Claude Halber-Philippe Martel

... Ou du regard porté sur le Méridional
lundi 18 février 2008
par Pierre Mortimore
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QUELQUES MOTS POUR CLAUDE HALBER.

Le premier mot, c’est merci. Ce que j’avais dit à Bréau était fait pour susciter la discussion, pas pour faire figure de parole d’Evangile -si tant est que les uns et les autres nous soyons vraiment réceptifs aux paroles d’évangile, ce dont je doute. Je remercie donc Claude Halber de ses réactions. Et je réagis à ses réactions, même si cela serait sans doute plus facile en tête à tête, avec un échange en temps réel. Mais, bon. -Mon sujet, ce n’était pas la nature réelle du Méridional, ses qualités et ses défauts (est-il "jovial" ?"Bon enfant ?"). Et je ne cherchais pas davantage à réhabiliter un pauvre homme du sud opprimé par les méchants nordistes. C’est sans intérêt. La vraie question c’est donc de savoir à quel degré il convient de prendre les discours produits depuis deux siècles sur "le Méridional". Je les prends, moi, au second degré, c’est à dire davantage pour ce qu’ils me révèlent sur ceux qui les produisent que pour que ce qu’il me disent sur le Méridional. Et je suggère à Claude Halber de faire pareil. En le rassurant : je ne crois pas du tout que le Méridional ait la moindre pitié pour ce "pôvre" (tiens, un stéréotype linguistique, comme "peuchère", d’ailleurs !) type du nord qui ne fait que travailler : compte tenu des taux de chômage observables dans nos régions, je crois que beaucoup de leurs habitants préfèreraient un peu de stress accompagé d’un salaire décent à un repos forcé, fût-ce en bénéficiant du bon soleil du Midi, et de "l’art de vivre" qui va avec. A propos de la vision de la Provence vendue par le CDT des Bouches du Rhône, Claude Halber trouve que j’exagère un peu, et m’invite à faire preuve d’humour. Je sens que je vais avoir du mal, parce que cette insistance sur la "paresse" comme qualité inhérente au sud et cette enfilade de clichés niais (la sieste, le pastis, les glaçons, la pétanque) me donne des boutons. Et de toute façon, je suis totalement dépourvu d’humour. Cl. Halber peut-il comprendre qu’on n’aime pas beaucoup être réduit à ces clichés-là ? Même pour faire venir les touristes et leurs portefeuilles provisoirement remplis ? Je rappelle par aillerus quedans cett epub, comme dans celle de la Haute-Garonne, le Méridional entant que tel disparaît complètement, comme si le Midi n’était désormais plus rien d’autre qu’un décor vide d’hommes, attendant pour revivre que d’autres populations viennent le féconder. -Je ne vais pas reprendre dans l’ordre les objections, visiblement rédigées au fil de la plume, de Claude Halber, dans la mesure où il me semble que mon article y répond au fur et à mesure, et qu’au final donc, C.Halber finit par conclure qu’il est plutôt d’accord, comme lorsque il commente une longue citation de la page 11 par un "Hé bien voilà, c’est pas plus compliqué que ça à expliquer", qui réchauffe mon vieux coeur, dans la mesure où il s’applique à une formulation qui me paraît résumer une bonne partie de mon propos.. -Ce que j’ai essayé de montrer (et Cl. Halber, au fond, ne dit pas le contraire), c’est qu’on a un stock commun d’images que chaque époque et chaque camp travaille à sa manière, en fonction de ses besoins du moment, sans jamais les remettre en cause. Et ce qui est fondamental, c’est que derrière le stéréotype les questions qui se posent vraiment ne concernent jamais le Méridional lui-même. Pour l’extrême-droite de la fin du XIXe siècle, le Méridional, je le répète, c’est la métaphore du régime républicain, perçu comme non français par nature. Cl. Halber ne supporte pas ce que je dis p.10, 2eme colonne sur la France idéale, blanche, aryenne etc, et il ne veut pas croire qu’il soit possible au Pays des Droits de l’Homme d’avoir des nostalgiques agissants d’une France chimiquement pure. Je ne comprend pas pourquoi : il croit donc qu’un vrai Français ne peut pas être fasciste ? Mais l’histoire récente et actuelle me semble prouver surabondamment le contraire : il y a bel et bien des gens aujourd’hui qui rêvent d’une France "idéalement homogène", sans Juifs, ni Arabes, ni Turcs, ni Roms ni, ni... Et ils existaient déjà au XIXe siècle. Je soupçonne Claude Halber de se faire une idée tellement élevée de la France telle qu’il la rêve (lui aussi, mais différemment, Dieu merci) qu’il n’accepte pas de voir affirmer qu’il y a en fait plusieurs France, et plusieurs familles idéologiques dans la population française, qui toutes ne sont pas fréquentables au même degré. Simplement, aujourd’hui, les fascistes et les racistes n’ont plus rien à dire sur les Méridionaux, dans la mesure où ils ont trouvé d’autres têtes deTurc, arrivées dans le circuit plus récemment, comme je le dis expressément quelque part. Et je suggère non moins expressément (p.10) que le thème du Méridional du XIXe siècle n’est au fond que la maquette (en réduction bien sûr et comme il se doit, tout n’étant pas comparable) du discours sur le Colonisé ou l’Etranger venu des pays pauvres qui se développera par la suite. -Je sais bien que les stéréotypes sont partout. Je sais bien qu’ils représentent au fond une première approche du réel, un premier cadre de perception qui doit ensuite s’affiner. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas se poser des questions à son sujet. Si on ne s’en pose pas, c’est alors qu’on ne verra pas la nécessité d’affiner ensuite la première perception que l’on s’est fait de tel ou tel groupe. Pendant la sieste sous les châtaigniers, le travail critique continue !