La guerre d’Algérie, quel(s) enjeu(x) de mémoire(s) ? Etienne Maquin

lundi 20 novembre 2006
par Etienne Maquin
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Quel tintamarre médiatique, après le silence pesant que nous avons subi pendant près de quarante ans sur ce qu’on appelait encore en 1999 « les événements » d’Algériei ! L’auteur de ces lignes en sait quelque chose : ayant soutenu une thèse d’histoire sur la guerre d’Algérie vers la fin de cette période, il a été directement confronté à ce silence, comme l’ont été les protagonistes directs du conflit, jeunes soldats français « appelés », pieds noirs et algériens en particulier. Il est bien légitime de se demander ce qui se passe.

D’où le titre de cet essai, qui serait sans doute incompréhensible en dehors de l’hexagone. La page est tournée, dirait-on ailleurs, et les problèmes d’actualité, en Algérie comme en France, sont sans rapport avec ce passé douloureux, mais révolu ! Peut-être, mais ici, aujourd’hui, la mémoire de la guerre d’Algérie fait débat. Et des discussions passionnées traversent les mass-média en France sur la question de savoir s’il faut une journée de commémoration (et quelle en serait la date ?), s’il faut ériger des monuments (et quelles inscriptions y graver ?).

Des historiens ont avancé l’hypothèse que ce n’était là que l’expression d’un « travail de deuil », et qu’une fois le temps passé, on pouvait regarder à nouveau cette période sombre avec objectivité et en faire une « histoire apaisée »ii. On en est loin. Aucune pudeur, aucune sérénité : il suffit d’entendre s’exprimer aujourd’hui les uns et les autres ! Pieds noirs, harkis, anciens de l’O.A.S., anciens combattants de l’armée française, anciens militants contre la guerre, sans compter les « beurs », jeunes héritiers d’une histoire dont ils se jugent spoliés, tous exigent et se disputent une reconnaissance publique qui leur a été jusqu’ici refusée en bloc. Les Etats, eux aussi, en France et en Algérie, poussent la surenchère parfois jusqu’à l’abus de langageiii. Ils cherchent à soigner leur représentativité à l’égard de leurs administrés, mais aussi aux yeux du monde. Il semblerait que tous auraient un besoin essentiel de se souvenir de la guerre d’Algérie. Mais comment ? Chacun reconnait qu’il s’est passé quelque chose dont on doit garder la mémoire. Mais quoi ? Ces deux simples questions sont incontournables à ceux qui souhaitent éclaircir ce débat et en entrevoir le sens.

Il ne s’agit pas forcément de réconciliation entre les peuples. Au demeurant, cela n’est peut-être pas nécessaire. Du côté français et algérien, les relations personnelles entre les gens ne sont pas celles de peuples ennemis, quoiqu’on dise. Il ne s’agit pas non plus de juger : l’histoire n’est pas un tribunal. D’ailleurs les accusateurs pourraient se retrouver sur le même banc d’infamie que les accusés : peut-on reprocher au FLN le massacre de Melouza sans s’exposer au risque de se voir reprocher le charnier de Khenchela ?iv Il n’est pas question de trouver des coupables, mais de savoir de quoi nous devons garder la mémoire. C’est là en effet que la difficulté est la plus grande : la situation actuelle fait de la guerre d’Algérie l’objet d’un conflit de mémoires multiples : il ya non pas deux mais une multiplicité de protagonistes, qui veulent tous in,carner la collectivité dans son ensemble. Il en résulte une agitation médiatique sous forme de scandales, de « révélations », de formules à l’emporte-pièce, par lesquels chacun cherche à s’approprier cette mémoire, si possible pour lui seul. Il est alors tentant de se jeter à la tête des accusations de « génocide »v, et de dramatiser les faits pour les tourner à son avantage. C’est donc un conflit de mémoire « révélateur d’une crise de l’identité nationale dans son rapport au passé »vi

Pour ceux qui, comme nous, ici à Bréau, ne veulent pas entrer dans ce jeu pervers, mais simplement se souvenir et comprendre, la tâche est devenue singulièrement ardue. Comment rendre compte de cette tragédie sans la dramatiser ? Comment garder mémoire, comment ne rien occulter sans sombrer dans l’idéologisme ou le pathos ? Comment tout dire sans outrager la mémoire des personnes ? Sans trahir notre engagement pour le droit des gens et les principes de la démocratie et de la paix ? A travers cet exemple de conflit mémoriel, on peut tenter de réfléchir sur ce qu’est un enjeu de mémoire.. le problème se pose aussi bien pour la Shoah ou pour 14-18 , toutes proportions gardées. La guerre d’Algérie est certainement un enjeu moins crucial, mais l’âpreté des controverses actuelles en fait un cas typique.

Le rapprochement avec la Shoah ne manque pas de pertinencevii, car elle aussi a fait l’objet d’un « silence étourdissant », car elle portait une remise en cause radicale du pays (je dis bien : la France) et de son Etat (à travers le régime de Vichy). Dans le cas de la Shoah, la neutralité « scientifique » de l’historien n’est pas de mise. Il est convoqué d’abord comme homme et citoyen : on l’a bien vu à propos de l’affaire des négationnistes. Je soutiens qu’il en va de même à propos de la guerre d’Algérie : les tortures et la bataille d’Alger, le bilan de la colonisation dont cette guerre est porteuse, l’historien, pas plus que quiconque, n’y est indifférent.

La guerre d’Algérie marque la fin de l’empire colonial, qui a modelé nos mémoires, comme il a modelé la société et l’Etat de ce pays. C’est un problème d’identité que se pose. Laquelle ? La nôtre, bien-sûr. C’est d’ici que nous mémorisons ce passé, c’est donc d’ici qu’il est question. Il est étrange que, lorsqu’on rappelle les souvenirs, on voit, comme dans un miroir, une image du monde actuel. On y verra par exemple que ce n’est pas un oubli que de ne rien dire de la guerre d’Algérie, mais une omission délibérée, une décision politique cohérente. Le fait est que cette volonté est aujourd’hui contrariée. Je me propose de vous soumettre quelques hypothèses sur la nature de cette volonté (qui est très ancienne dans son origine), et des réactions qu’elle suscite aujourd’hui.

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On fait débuter la guerre d’Algérie à la Toussaint de 1954, qui marque une série d’attentats et une proclamation fondatrice du FLN (Front de Libération Nationale), diffusée simultanément depuis Le Caire. A tous points de vue, c’est un événement ! Sans doute on peut discuter de savoir si la guerre d’Algérie a commencé à ce moment là, plus tôt ou plus tardviii. Mais nous nous intéresserons à une autre polémique : celle qui s’engagea lorsque, quelques jours plus tard, le ministre de tutelle de l’Algérie, ministre de l’Intérieurix, François Mitterrand, déclara que « l ’Algérie, c’est la France ». D’emblée, il y eut opposition sur ce qu’était l’Algérie. Cette opposition se retrouve donc logiquement dans les controverses mémorielles en France même, ce qui se voit jusque sur les monuments commémoratifs : on les dédie aux « combattants » sans préciser de quel côté ils se battaient. Les cimetières de la Grande Guerre (celle de 14-18) se distinguent par les drapeaux et par la couleur de leurs croix funéraires. Pourquoi donc les monuments de la guerre d’Algérie ne le font-ils pas ? Une telle prudence en face de la postérité est un signe évident que la querelle n’est toujours pas éteinte.

A moins que cette affirmation (« l’Algérie, c’est la France ») n’ait servi qu’à occulter la vraie, la seule, l’unique question qui se posait et qui se pose peut-être encore : qu’est-ce que l’Algérie pour la France ?! C’est vrai que toute la presse française, et tous les partis parlementaires, ont repris à leur compte la formule de Mitterrand. Mais pas sans hésitations cependant. C’est ainsi que Le Populaire, journal du parti socialiste SFIO, en faisait un titre d’article ,,, sur un mode discrètement interrogatif :

« L’Algérie, c’est la France, oui mais ... »x

Et de polémiquer sur les réformes qu’il faudrait faire pour l’Algérie soit effectivement la France.

Mais quoi ? Sur quoi portaient les réserves que suggéraient ce titre ambigu, sur l’Algérie ou sur la France ? En réalité, c’est de la France, sa « mission », sa puissance, son rôle dans le monde, constitutive de son identité, qu’il était principalement question. Cette question s’est ouverte d’ailleurs dès les premiers moments de la colonisation de l’Algérie. Depuis le débarquement des troupes françaises à Alger en 1830, la conquête de l’Algérie avait exigé de la France un effort militaire soutenuxi jusque sous le Second Empire. Cela avait suscité une réflexion politique et des argumentations dont les traces sont parvenues jusqu’à nous. Un témoignage singulier nous en est apporté par les écrits d’Alexis de Tocqueville.

En 1847, l’auteur de « De la Démocratie en Amérique » rédigea un rapport au Parlement sur les opérations de conquête en Algériexii. Il y déclarait en substance : « la colonisation est nécessaire à la grandeur de la France ». Et il argumentait que la colonisation apportait par cet effort de conquête un idéal national qui permettait au pays de se hisser au niveau des plus grands, dans la quête d’une émancipation universelle, dans l’acquisition d’une influence à l’échelle mondiale, dans la lutte contre l’esclavagisme. Il prolongeait ainsi le discours des conventionnels révolutionnaires et des soldats de l’An Deux.

Cependant, ajoutait-il, la colonisation n’émancipe pas le colonisé : si elle éloigne de lui le spectre de l’esclavage, elle l’abaisse en le rendant soumis, ignorant, désordonné, miséreux, bref, barbare !

Par la suite, Tocqueville eut un échange contradictoire avec l’économiste libéral anglais Stuart Millxiii, qui lui objecta que la colonisation dévoie le sentiment national des français en l’orientant dangereusement vers le mépris et la haine de l’autre. En outre, argumentait Stuart Mill, la colonisation peut éveiller dans l’esprit du colonisé une conscience nationale contre le colonisateur, en retournant l’idéal d’émancipation universelle contre le colonisateur.

Tocqueville répondit : en effet ! C’est le risque, car coloniser, c’est dominer ! Mais ce n’est pas détruire. La colonisation n’est ni l’émancipation par l’autodétermination, ni l’extermination, ni l’esclavage. En développant cet argumentaire, Tocqueville se confirme comme le grand penseur libéral qu’il est resté pour la postérité. A travers la colonisation de l’Algérie, l’idée coloniale telle qu’exprimée ci-dessus est un des plus puissants facteurs de cristallisation de la conscience nationale de la France moderne, phare de la liberté dans le monde comme le figure si bien la tour Eiffelxiv. Depuis, les manuels scolaires, les expositions coloniales, les publicités, les chansons, tout un corpus culturel a modelé dans nos esprits cette image de la « mission civilisatrice de la France ».

Cent ans plus tard, cette polémique rebondit, et son enjeu est encore l’accomplissement de l’idéal émancipateur de la France. Fallait-il intégrer (ou assimiler) les colonisés d’Algérie ? Si l’Algérie était la France, pouvait-on même à long terme faire des algériens les égaux des français ? Je ne m’attarderai pas à décrire les termes du débatxv ; je me contenterai de citer comment il fut tranché par le général De Gaulle.

Il serait certes possible de le disqualifier à ce propos, puisqu’il décrit lui même, dans l’Incipit de ses « Mémoires d’espoir »xvi : « La France vient du fond des âges. Elle demeure elle-même au long du temps. » Du coup, les querelles mémorielles n’auraient pas lieu d’exister. Pourtant ce sont bien des « mémoires » qu’il écrit, avec l’intention avouée de défendre la conception qu’il en a lui-même.

Lorsqu’il développe son point de vue sur l’Algérie, il parle lui aussi d’abord de la France : une entité éternelle dont le territoire et l’aire d’influence peuvent varier au fil du temps selon ses intérêts. Ce disant, il adhère au point de vue d’un autre grand penseur libéral français, son contemporain, Raymond Aron, qui déclarait alors que l’Algérie n’était plus utile à la grandeur de la France. Un argumentaire qui était vulgarisé dans l’hebdomadaire Paris Match par un journaliste de renom, Raymond Cartier. Mais De Gaulle va plus loin : il en tire les conclusions politiques, en affirmant qu’il fallait procéder à une « décolonisation ». Le mot est ouvertement énoncé dans ses « Mémoires d’espoir » écrites en 1971.

Cette prise de position politique prend le contre-pied de la politique des gouvernements précédents de la IV° République. Ces derniers perpétuaient sans imagination la politique énoncée autrefois par Tocqueville : ni esclavage ni autodétermination. Une politique que François Mauriac, avec l’ironie mordante qu’on lui connaît dans ses « carnets » publiés chaque semaine dans « l’Express » de Jean-Jacques Servan-Schreiberxvii, qualifiait de « Ninisme ». Ce ninisme, qui pouvait aussi être considéré comme le maintien du statu-quo sous l’apparence de la modération, correspondait sur le terrain à l’aggravation des atrocités de la guerre sous le masque de la « pacification » comme disaient Guy Mollet et Robert Lacostexviii.

Il y a, de fait, une opiniâtre continuité de la politique de la troisième et de la quatrième République dans le « ninisme » : des promesses de réformes répétées, mais non tenues, depuis le décret Crémieux, le projet Blum-Violette, la constitution de la IV° République, jusqu’aux bonnes intentions affichées lors de la campagne électorale de Guy Mollet en décembre 1955 pour « la paix en Algérie ».

A tous ces poins de vue, à tant parler de la guerre d’Algérie, à se remémorer ces événements, c’est en vérité à la France qu’on pense et c’est d’elle qu’il est question. « L’Algérie, c’est la France », ce fut le point de débat sur lequel La IV° République s’effondra et la V° fut fondée, par une cérémonie à grand spectacle orchestrée par Malraux, le 4 septembre 1958 (anniversaire de la date de la proclamation de la III° République le 4 septembre 1870), comme une renaissance de la république éternelle, une et indivisible, mais adaptée à l’époque contemporaine, celle de la guerre froide et de la décolonisation dans le monde. C’était l’abandon de l’utopie de l’intégration des colonies.

L’intégration, un mot déjà utilisé sous la révolution française, pour parler des juifs et leur conférer l’égalité des droits, mais aussi pour effacer ce qui faisait leur différence. Un mot repris dès les débuts de la colonisation sous la III° République, pour faire des colonisés des hommes à part entière, c’est-à dire des citoyens de la république universelle, par une élévation progressive de leur statut. C’est de tout cela que la France, entre 1958 et 1962, décida de faire son deuil. Cela vaut-il la peine d’en garder mémoire ? Sans doute existe-t’il encore des français pour garder nostalgie de cet idéal d’intégration, puisque le mot est réapparu récemment dans un tout autre contextexix ...

Il est certain, en tout cas, que la mémoire de cela n’est pas bien clarifiée. Peut-être expliquera-t’on cette gêne à mettre au clair tout cela par le sombre épisode de l’O.A.S., tentative déséspérée de soldats perdus pour défendre cet idéal par la violence envers et contre tous, y compris contre les français d’Algérie et même contre leurs frères d’armes. Certains voient aujourd’hui l’indépendance de l’Algérie comme un abandon, une trahison, le signe d’une décadence : une autre mémoire possible de la guerre d’Algérie. Voilà déjà deux mémoires possibles de la guerre d’Algérie, alors que nous n’avons pris en considération jusqu’à présent que le point de vue franco-français sur les « événements » !

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Ces débats et controverses n’avaient pas lieu seulement dans les allées du pouvoir métropolitain, à Paris. Ils faisaient rage aussi en Algérie même. C’est là, à Alger principalement, qu’eurent lieu les événements qui marquèrent cette guerre et son dénouement, l’indépendance Algériennexx. C’est qu’en Algérie même il y avait une opposition acharnée aux politiques métropolitaines, qu’elle fussent « niniste » ou décolonisatrice.

On pouvait certes s’interroger déjà sur les bienfaits qu’on pourrait attendre de l’indépendance de l’Algérie pour ses habitants, colons et indigènes. Mais ce n’était pas le centre du débat. Il existait déjà depuis longtemps une double résistance à la politique métropolitaine, celle des colons et celle des autochtones (appelés alors par les uns « indigènes » et par les autres « arabes » ou « bougnoules », mais pratiquement jamais « algériens »). A cela, il faut ajouter encore la résistance des cadres de l’armée, pour qui se jouait là un épisode de la guerre froide contre le communisme, et leur revanche de la défaite honteuse de Dien Bien Phuxxi. Tandis que les nationalistes algériens se raccrochaient au mouvement mondial pour l’émancipation des peuples opprimés, en particulier lorsqu’ils tentèrent de se faire reconnaître à la première conférence internationale des Tiers-mondistes à Bandoeng en 1955. C’est de ces résistances que sont issues deux autres expression qualifiant l’Algérie, deux autres dénominations de la mémoire de cette guerre : « Algérie française » et « Algérie Algérienne ».

C’est « Algérie française » qui est apparue la première des deux, à partir du moment où les français d’Algérie ont décidé de s’opposer violemment au gouvernement métropolitain. La première manifestation publique de cette opposition fut la « journée des tomates »xxii ; son aboutissement politique fut la vague d’attentats de l’OAS en 1962. Alors le projet d’une réconciliation entre français et algériens en Algérie même, qui sous tendait les accords d’Evian entre les gaullistes et le FLN, fut rendu caduc et par l’exode massif des français d’Algérie vers la métropole et par le massacre des harkis. Que recouvre cette formule ? En quoi diffère-t-elle de la précédente ?

Elle concerne les français d’Algérie, ceux qu’on a appelé et qu’on appelle encore parfois les « pieds noirs »xxiii . L’Algérie française dénomme les habitants de l’Algérie (environs 1 million) qui avaient le statut de français à part entière, certes. Mais en même temps il n’était pas possible d’absenter les 10 millions d’indigènes qui y habitaient aussi. Du coup, l’expression « Algérie française » sous-entendait la reconnaissance du fait que ces indigènes étaient soumis à un statut particulier, régi par le Code de l’indigénat, qu’ils étaient qualifiés d’ « arabes »(bien que berbères ou kabyles en majorité) et refoulés dans les montagnes ou les banlieues des villes, enfin qu’ils étaient outrageusement sous-représentés par les « bachagas »xxiv, à l’assemblée d’Algérie. « L’Algérie française », c’était aussi une façon de dissimuler que les français d’Algérie étaient d’origine très hétéroclite, mélange d’alsaciensxxv, d’anciens bagnards communards, d’Occitans, d’Espagnols, Italiens, Maltais ou Suisses, auxquels on avait « intégré » les Juifs Sépharades (qui résidaient là depuis des siècles) par le fameux décret Crémieux. Bien loin d’être d’opulents propriétaires fonciers ou des fermiers entreprenants (à part une poignée d’entre eux), c’étaient surtout des petits boutiquiers, fonctionnaires et artisans groupés dans les villes et bourgs de la plaine côtière, accrochés à leurs minces privilèges.

A priori, cette « Algérie française » n’a pas grand chose à voir avec la France de Tocqueville et de De Gaulle ! Elle est caractérisée par l’inégalité de statut et la ségrégation. Elle est aussi caractérisée par une coexistence entre deux cultures, deux religions, deux communautés (la culture juive Sépharade ayant été assimilée – à tort ou à raison – à la culture française). Aujourd’hui le souvenir de cette « cohabitation » est pieusement entretenu par de nombreux sites internet. C’est celui d’un « âge d’or » à jamais perdu, décrit comme une société biculturelle harmonieuse et enrichissante, « l’Algérie heureuse ». Un laboratoire d’expérience humaine unique, détruit par le cauchemar de la guerre, qui se révèle prendre l’apparence affreuse d’une guerre civile et fratricide. La mémoire de « l’Algérie française », embellie sans doute avec le recul du temps passé, s’est donc parfumée d’une douceur de vivre et d’une convivialité légendaire, d’autant plus qu’en arrivant en France, les « pieds noirs » se sont sentis délaissés et méprisés par les métropolitains. Il en sort un néologisme étrange : « la nostalgérie ». Et l’on peut gloser à loisir sur ce que cela occulte de la seconde guerre mondiale, qui fut très dure aux algériens malgré leur participation massive à l’effort de libération de la France et s’acheva pour eux par le massacre de Sétif. On peut encore dénoncer la réelle paupérisation, voire la clochardisation, de nombreux algériens dans les années cinquante, l’absence d’infrastructure, d’écoles et d’équipements sanitaires dans le djebel avant 1954.

Il est certain que cette mémoire d’un âge d’or n’est pas – et ne peut pas être — celle qu’ont à l’esprit les algériens. Cela leur est quasiment impossible, sauf peut-être dans certains cas, d’avoir ressenti la guerre d’Algérie comme une guerre civile. Les épisodes auxquels se réfèrent les algériens ne sont pas les mêmes que ceux auxquels pensent les « pieds noirs » (y compris les tombes ou les charniers auprès desquels ils vont se recueillir). En vérité, l’expression dans laquelle ils se reconnaissent à propos de la guerre d’Algérie, c’est « Algérie algérienne », car ils la considèrent comme une guerre d’indépendance nationale.

Chronologiquement, cette expression est apparue fort tard sur la place publique. Paradoxalement, c’est le Général De Gaulle qui l’a formulée publiquement. Véritablement, en fin de compte, c’est à la mémoire des algériens qu’elle appartient. Mais ils sont en désaccord sur son origine. Pour l’historien officiel du régime actuel en Algérie, Mahfoud Kaddachexxvi, l’Algérie existe depuis toujours. La région fut peuplée dès la préhistoire, et il est possible d’en retracer une histoire riche en rebondissements. Mais quand devint-elle l’Algérie ? Il est aussi difficile de dire que le prince berbère Jugurtha, allié puis ennemi des romains dans l’antiquité fut algérien, que de dire que Vercingétorix et Clovis étaient français ! Pour Mohammed Harbi, ancien membre du FLN devenu, en France, historien de la guerre d’indépendance, l’Algérie n’a jamais existé vraiment en tant qu’Etat avant 1954 : au XIX° siècle, lorsqu’elle fut conquise par la France, c’était un Etat turc, Al Djazirah ; il soutient qu’à cette époque, une identité nationale commençait à germer en Alger, mais fut étouffée dans l’oeufxxvii. Elle ressurgit, selon lui, du fait même de la guerre d’Algérie qui fut longtemps menée par une minorité de nationalistesxxviii. Ces derniers étaient en fait divisés entre les populistes (Messali Hadj), les islamistes (les Oulémas), et les admirateurs de la révolution françaises, déçus d’une intégration impossible (Fehrat Abbas)xxix. Le travail de clarification de la mémoire de cette gestation n’a pas été fait ; bien au contraire, le FLN a été traversé de luttes fratricides entre ces tendances aux objectifs contradictoires (qui commença par l’assassinat de son leader historique, Abane Ramdane pendant la guerre). L’Algérie d’aujourd’hui en est restée profondément marquée, en particulier pendant la guerre civile de 1992.

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De même que la mémoire des français de métropole est controversée, divisée, morcelée, de même celle des habitants de l’Algérie d’hier et d’aujourd’hui s’émiette en rivalités sanglantes. Cela peut expliquer – peut-être – pourquoi on a voulu faire silence. Dès 1962, en effet, sous De Gaulle, on s’est appliqué à effacer les traces de la république coloniale : c’est ainsi que les unités de l’armée d’Afrique furent dissoutes et leurs effectifs réorganisés. On pensait pouvoir ainsi mettre fin aux ressentiments, et par là aux bains de sang. Hélas ! On a l’impression que cette division a été exacerbée, multipliée par les tentatives (vaines) pour l’occulter pendant 40 ans. Aujourd’hui, voici renaître avec une actualité brûlante les souvenirs — et les oppositions. On peut aussi penser que les atermoiements des gouvernements, leurs hésitations, leur indécision sur la situation souvent difficile de leurs administrés, contribue à aiguiser cette soif de reconnaissance et ces contradictions, d’autant plus qu’elles sont plus ou moins bien masquées par une apparente fermeté.

Pour ce qui est de « l’Algérie, c’est la France », c’est-à-dire du point de vue de l’État français, on observe une tentative d’inverser la formule : ce serait aujourd’hui la France qui est l’Algérie ! Affirmation étrange ! Elle est accompagnée de mesures politiques précises qui rendent cette affirmation inquiétante ; elle est en même temps ambiguë :

- d’un côté, on agite la menace d’une invasion de la France par les « beurs », et l’on préconise « l’immigration zéro ». Tout en considérant les propos d’extrême droite comme outranciers, les gouvernements successifs mettent en pratique les mesures discriminatoires et persécutoires qu’ils réclament.

- de l’autre on réactive le mot « intégration », qui ne serait plus appliqué aux colonies mais à la France même, et de la même façon. Certes, ce ne serait plus une intégration à la nation mais à la société ; pourtant, les gens de ce pays qui feraient l’objet de cette « intégration » sont pour la plupart originaires des anciennes colonies. C’est en France même qu’on considère l’étranger comme un barbare dangereux d’une part ; et d’autre part qu’on proclame qu’il faudrait élever ces « étrangers », qui résident en France depuis des années, à la dignité de français, c’est-à-dire d’hommexxx et cela par étapes aussi nombreuses qu’humiliantes ... De là à considérer les banlieues comme des colonies et ses habitants comme des indigènes, il n’y a qu’un pas que certains franchissent déjà.

C’est ainsi que se développe en France une législation des étrangers d’une rare complexité, au point qu’elle devient un véritable Code (le Code CESEDA), ce qui fait fortement penser au Code de l’Indigénat, de triste mémoire, qui pesait naguère sur les algériens comme sur tous les colonisés d’Afrique.

A propos de « l’Algérie française », la « nostalgérie » se divise radicalement en deux :

certains s’en servent comme référence d’une utopie réalisée pour proposer l’idéal d’une vie commune partagée entre deux sociétés aux valeurs et aux cultures distinctes, notamment à l’échelle locale ou municipale ... Ils occultent tout autant que les « pieds noirs » les inégalités et les tensions réelles que recouvre cette utopie,

d’autres réactivent le ressentiment contre l’algérien, considéré comme coupable d’avoir détruit cet « âge d’or » et le pays qui l’hébergeait, au point de l’étendre à tous les étrangers venus d’Afrique. A les entendre, la France serait menacée de disparaître comme l’Algérie coloniale.

Dans tous les cas, la mémoire de la guerre d’Algérie ne fonctionne pas comme une leçon d’histoire, n’en déplaise aux historiens qui l’ont souhaité en vain. Elle est faite beaucoup plus d’ombres que de lumières.

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Est-ce assez dire que la mémoire est faite de représentations ?

Suffit-il de constater que nous ne péchons pas par manque de mémoire mais que, bien au contraire, nous en aurions trop ?

Chacun sait bien que la mémoire valorise – ou diabolise – certains protagonistes de l’histoire, qu’elle idéalise le passé qu’elle remémore. Cela est vrai pour les souvenirs personnels de chacun, et tout aussi bien pour les souvenirs collectifs. Cette mémoire, personnelle ou collective, est donc toujours subjective. Il faut aussi constater qu’elle investit, d’une manière très particulière, le temps et l’espace. Ne faut-il pas, pour la perpétuer, édifier des monuments, en des lieux précis qui sont censés rappeler aux générations futures le sens de ce qui s’est passé ? Quant aux dates de commémoration , elles ne sont pas toujours celles d’événements majeurs, (c’est vrai pour bien d’autres événements, à commencer par la révolution françaisexxxi ; les plus grands événements de l’histoire ne sont pas commémorables, en vérité ), mais elles ont une fonction pédagogique : elles doivent marquer le passé pour attirer l’attention sur ce qu’il faut retenir ... et la détourner de ce qu’il faut oublier.

Or voici que nous nous trouvons dans l’impossibilité de sélectionner des dates et des lieux commémorables à propos de la guerre d’Algérie. Pourquoi donc ? Sans doute parce qu’il n’est pas possible de retenir de ces événements passés des souvenirs communs à tous. Il est encore actif dans notre esprit, il est encore en travail dans notre pensée, il est politiquement encore opérationnel. Le bilan n’est pas encore tiré ; les comptes ne sont pas faits. De ce fait, il y a non pas une mais plusieurs mémoires différentes de ce passé-là. Quand il y a enjeu de mémoire, il y a plusieurs mémoires.

A quoi sert-il donc alors d’en faire l’examen ? Pour ma part, je pense que cela peut servir à relever des coïncidences et d’en tirer des leçons, mais aussi à prendre du recul sur l’actualité pour mieux l’évaluer. Mais revenons au propos de départ ! Peut-on se demander : qu’est-ce qui N’est PAS commémorable dans ces événements, et qui ferait donc leur actualité irréductible, source de mémoires plurielles et de controverses utiles ?

Certes, d’une époque à l’autre, les enjeux de mémoire peuvent changer. Ainsi peut-on expliquer, qu’après une période assez longue de lutte acharnée entre ceux qui voulaient occulter la mémoire de la guerre d’Algérie et ceux qui voulaient l’entretenir, il s’ouvre ces années-ci une autre période de la vie politique et ses enjeux se déplacent. Il n’y a donc pas « trop » de mémoires de la guerre d’Algérie. J’inclinerais plutôt à penser que les enjeux actuels sont confus, divisés, en recherche d’une expression stabilisée, à l’image de la vie politique de ce pays et du monde. Il ne faut pas considérer ces controverses comme futiles. Je crois bien au contraire qu’elles sont révélatrices d’interrogations fondamentales.

Il me semble que la résurgence de ces enjeux de mémoire, multiples et divisés est un symptôme de temps nouveaux. Aujourd’hui, des mots qui semblaient évidents ne le sont plus. Même l’appartenance à une nation pose problème. Qu’est-ce que « La France » ? qu’est-ce que « l’Algérie » aujourd’hui ? A ces questions, il faut bien reconnaître que l’histoire n’apporte pas de réponse. Qu’elle permette de les débarrasser des déformations légendaires dont la mémoire les affuble, de les mettre à nu pour ainsi dire, c’est déjà bien ! Car la réponse (ou les réponses) à ces questions n’est pas du ressort de l’historien, elle est (elles sont) du ressort de la politique. Pour ce qui est de l’Algérie, tout bien considéré, le travail de mémoire est commencé, et les controverses sont violentes mais utiles. Quant à la France, hélas ! ...

Sur la France, on peut déjà dire que la politique délibérée et constante de quarante ans l’occultation du passé a eu des effets : le plus visible est l’exacerbation des mémoires individuelles et leur compétition pour une reconnaissance ... qui leur est encore déniée, et qui le demeurera tant qu’on en restera là. Cette politique de négation du passé, soi-disant pour n’offenser personne, est la continuation du « ninisme » qui fit ses ravages de 1954 à 1958. Pendant la guerre d’Algérie, on refusait de dire qu’on était en guerre, et l’on multipliait les euphémismes (« les événements », « la pacification ») pour en masquer les atrocités. Maintenant encore, on refuse d’appeler un chat : « un chat ». La conséquence est grave : la France, sa place et son rôle dans le monde, ainsi que le bilan pour les habitants de ce pays de l’empire colonial, tout cela est voilé, laissé dans l’ombre. Nous n’avons pas besoin de cela par les temps qui courent. Il nous faut à l’inverse courir le risque d’un débat ouvert, fût-ce avec des nostalgiques, à cette condition : que l’enjeu actuel soit bien clair. C’est bien la France qui est ici en cause.

Mais s’agit-il de la « république une et indivisible », ou d’une France plurielle ? L’histoire de ce pays se confond-t-elle encore avec celle que l’Etat-Nation a forgé ? Il faut bien reconnaître qu’une distance de plus en plus grande s’étend entre l’histoire officielle et celle des gens de ce pays, dont les identités sont multiples. La guerre d’Algérie est, j’en fais l’hypothèse, un des moments clés de rupture entre le « récit national » et les gens de ce pays. Je n’en veux qu’un signe, et quel signe ! C’est la première fois qu’une guerre dans laquelle le peuple ait été impliqué (par l’’envoi massif du contingent des appelés) n’a pas été commémorée, au point qu’il ait été refusé longtemps de lui donner même un nom. Certains ont dit qu’il ne faut pas craindre que l’unité nationale soit ébranlée par des interrogations de ce genre, qu’il est vain de se voiler la face ou d’essayer de faire taire ceux qui les posent. Ils ont raison parce que l’ébranlement du mythe national est déjà là dans ce « ninisme » négateur de la réalité !

Ce qui est à craindre, par contre, c’est la crispation identitaire des chapelles, des partis, des groupes de pression. Ce que sont les harkis, les anciens « appelés d’Algérie », les « pieds noirs » et les « beurs », les nostalgiques du colonialisme et ceux de l’anti-colonialisme, cela ne peut pas se reconnaître, parce que, en vérité, nous ne le connaissons pas vraiment. Cela doit se découvrir. Et nous ne pouvons le faire que dans une vision large et neuve de nos mémoires, dégagée des préjugés idéologiques anciens. Puisque nous sommes en train de sortir d’une époque et d’entrer dans une autre (nous l’avons dit ici ; cela se dit à propos de bien des choses ces temps ci ; c’est absolument vrai pour notre sujet), notre pensée doit s’ouvrir sur ce qui vient et non se replier sur les nostalgies, quelles qu’elles soient. Il faut remémorer la guerre d’Algérie, oui ! Mais il le faut autrement que cela n’a été fait jusqu’ici, il le faut pour trouver à ce que nous sommes et voulons être dans ce pays un autre sens.

Intervention prononcée à Bréau en juillet 2006,relue, complétée et corrigée en octobre 2006

Etienne Maquin

I. Il faut en effet attendre l’année 1999 pour que le gouvernement reconnaisse officiellement qu’il y a eu une « guerre » en Algérie, ce qui eut comme conséquence directe que les soldats envoyés au combat pendant cette guerre ont enfin eu droit au statut d’anciens combattants,

II. En particulier Raphaëlle Branche, La guerre d’Algérie, une histoire apaisée ?, Editions du Seuil Coll, Histoire, 2005

III. Je pense en particulier au Président Bouteflika qui a évoqué la guerre d’Algérie en parlant de « génocide »,

IV. Le massacre de Melouza fut en effet perpétré par des maquisards du FLN contre un village de sympathisants du maquis rival du MNA. Le charnier de Khenchela, découvert après la guerre, fut très probablement le fait de certaines unités de l’armée française.

V. Il est fait ici allusion aux déclarations du président Bouteflika en 2005.

VI. Suzanne Citron, dans un article publié dans Libération, le 24 Octobre 2005.

VII. Il est fait si fréquemment par les historiens que leur citation serait fastidieuse. Contentons-nous de renvoyer à un ouvrage récent qui traite des conséquences de la colonisation et de la décolonisation, Culture post-coloniale, 1961-2006, traces et mémoires coloniales en France, un ouvrage collectif sous la direction de Pascal Blanchard et Nicolas Bancel, éditions Autrement, 2005.

VIII. En effet, certains feraient remonter le début de cette guerre de libération nationale aux événements de Sétif le 8 mai 1945 (un soulèvement soudain suivi d’une répression sanglante) ; d’autres ne feraient commencer véritablement cette guerre qu’en août 1955, avec le soulèvement du Constantinois, alléguant que c’est seulement alors qu’une partie significative de la population algérienne s’engagea du côté de la lutte armée contre les français d’Algérie.

IX. ... du gouvernement Mendès-France.

X. Dans son numéro (quotidien alors) du 07 Janvier 1955.

XI. Ce qu’il en reste dans nos mémoires, c’est « la casquette du père Bugeaud », général commandant les troupes d’invasion, qui fit parler de lui par la cruauté de ses campagnes en Algérie, et aussi la prise de la smala d’Abd El Kader, un des chefs les plus importants de la résistance algérienne à l’invasion, par le Duc d’Aumale, fils du roi Louis Philippe. Mais cette guerre de conquête dura plus de vingt ans, et se prolongea encore jusqu’à la fin du siècle par la difficile conquête du Sahara.

XII. Texte réédité en 1988 aux éditions Complexe sous le titre « De la colonie en Algérie »

XIII. échange épistolaire dont des extraits et un résumé sont évoqués dans l’introduction de l’ouvrage cité ci-dessus

XIV. Ainsi que le développe Raoul Girardet dans l’incontournable livre : L’Idée coloniale en France, publié en 1972

XV. Je le fais dans mon livre : Le Parti Socialiste et la guerre d’Algérie, editions l’Harmattan, 1990

XVI. Edition de référence : Oeuvres complètes, La Pléiade, Le Seuil.

XVII. Fondateur de ce journal et homme politique radical proche de Mendès France

XVIII. Guy Mollet ; secrétaire général du parti socialiste SFIO et Président du Conseil en 1956 ; et Robert Lacoste, également socialiste, nommé par Guy Mollet ministre résident en Algérie, et qui demeura à ce poste jusqu’en mai 1958.

XIX. Beaucoup d’ouvrages sur ce sujet, cités dans Culture post coloniale..., N. Bancel et P. Blanchard, opus cité.

XX. Les événements du 13 mai 1958 à partir desquels De Gaulle accéda au pouvoir et fonda la V° République, puis les tentatives de putsch qui ont joué un rôle dans l’évolution de la V° république vers un régime présidentiel ; le développement de la guerre de partisans mais aussi les manifestations de masse des algériens en 1960 et 61 , qui ont fait du FLN une organisation représentative avec laquelle la négociation est devenue incontournable.

XXI. En Indochine en 1954

XXII. Le 6 février 1956, lorsque Guy Mollet, qui vient d’être intronisé Président du Conseil, vient à Alger, il est conspué par la foule lorsqu’il dépose une gerbe au monuments aux morts. Il s’ensuit peut-être un revirement de sa politique (question examinée dans ma thèse, Le parti socialiste et la guerre d’Algérie, opus cité), mais aussi le commencement d’une mobilisation du courant « ultra » pour « l’Algérie française »

XXIII. Le nom « pieds noirs » a une origine obscure : il y a plusieurs suppositions sur ce point mais aucune n’est vraiment convaincante. Le fait est qu’elle a été massivement adoptée à la fin de la guerre d’Algérie, pour identifier les anciens colons, et peut-être aussi pour éviter l’emploi du terme officiel dont on les affligeait : « rapatriés d’Algérie » !

XXIV. Notables indigènes, propriétaires fonciers, relativement privilégiés, si l’on peut dire, en échan,ge de leur collaboration à l’administration coloniale. Sous la IV° République, ils étaient élus à l’assemblée territoriale d’Algérie.

XXV. Qui avaient fui l’occupation allemande après la défaite française de 1870 et l’annexion de l’Alsace Lorraine à l’empire germanique.

XXVI. En particulier dans ce livre, L’algérie des algériens, Paris-Méditerranée, 2003

XXVII. Dans un article de l’ouvrage collectif La Guerre d ’Algérie, titré « L’algérie en perspective »

XXVIII. Ce en quoi il rejoint le point de vue de Stuart Mill, cité ci-dessus.

XXIX. Ces noms cités entre parenthèse ne sont évocateurs que pour ceux qui ont vécu cette période et pour les spécialistes de la question. Le lecteur m’excusera de ne pas développer ce à quoi ils font référence ici par manque de place.

XXX. Le même Code CESEDA bien sûr, et aussi d’autres dispositions sur la santé, le logement, l’éducation. Elles constituent l’étranger en France en catégorie à part. Voir à ce sujet plusieurs sites internet, dont le très documenté site du GISTI.

XXXI. En effet, la prise de la Bastille, qui correspond au 14 juillet, fête nationale, n’est pas à proprement parler un événement politique majeur de la Révolution. Quant à la fête de la Fédération de 1790, à laquelle on réfère aussi ce choix commémoratif, elle n’est pas un événement spécialement républicain, puisqu’elle consacrait l’alliance de la nation avec le roi sous l’égide de la loi.